Art & Audiovisuel [Spécial Covid-19]

 

L'économie culturelle n'est pas épargnée par la crise sanitaire actuelle. Le secteur de l'Art et de l'Audiovisuel a du se réinventer, se mobiliser et sensibiliser la population belge à leurs nouveaux enjeux. Quelles sont ces nouvelles perspectives ?

 

BELGA FILMS FUND


Avez-vous été touché par la crise du Covid-19 ? 

Fabrice Delville : Nos deux activités (levée de fonds Tax Shelter et production de films, séries, etc) ont été touchées bien entendu. Dans la mesure où notre levée de fonds annuelle est directement liée aux bénéfices générés par les entreprises belges, 2020 sera inévitablement plus basse que ces dernières années. La diminution réelle ne sera connue qu’en toute fin d’année, mais nous sortons de deux années très hautes et on se prépare en étant prudents dans nos dépenses et nos engagements.  L’impact sur nos productions a été de deux ordres. Très limité pour tous celles en post-production ou dans le secteur de l’animation qui ont continué pratiquement sans interruption ; plus important pour celles en tournage qui ont été suspendues ou postposées. Heureusement, la reprise se met en place progressivement.  Pour les professionnels (comédiens, techniciens, 



etc), la situation a été évidemment très problématique et notre responsabilité est de nous mobiliser pour leur donner les moyens de repartir au travail.


Le gouvernement a-t-il pris des initiatives pour vous aider ? 

F.D. : Oui, le gouvernement a marqué une fois de plus son soutien au Tax Shelter et aux secteurs culturels qu’il finance. La mesure la plus significative est le doublement du montant maximal que chaque société peut attribuer au Tax Shelter chaque année : il atteint dorénavant 475.000€.  Cette mesure nous permettra d’atténuer la baisse attendue et elle nous a déjà permis de donner le feu-vert à des projets qui étaient en attente de financement. Dès cet été, certains projets se tourneront grâce à cette mesure.


Et demain ? 

F.D. : Les tournages sont en voie de reprise. Bien entendu, ils sont accompagnés de mesures sanitaires strictes qu’il conviendra de respecter.  La convivialité d’un plateau de tournage en pâtira mais tout le monde est impatient du « clap » de reprise.  Pour les arts scéniques, on voit bien que le retour à la normale prendra du temps et la patience de chacun sera testée.  Nous mettons tout en œuvre pour offrir aux producteurs les moyens financiers et logistiques de la reprise des projets sans compromettre la sécurité des professionnels.   

 

BRAFA


Avez-vous été touché par la crise du Covid-19 ? 

Béatrix Bourdon : Non, pas pour notre édition 2020, car la pandémie concernait essentiellement la Chine lors de la période de la foire. Ce n’est qu’après notre événement que la pandémie s’est propagée à travers le monde et donc nous n’en avons pas du tout été affectés.  

Cependant, pour notre édition 2021, l’impact n’est actuellement pas encore mesurable. Notre équipe travaille pendant un an à préparer la foire et actuellement nous avons vécu déjà 3 mois d’incertitudes de telle sorte que nous avons dû remanier le calendrier de l’organisation comme l’envoi des dossiers, les inscriptions, les réservations. Nous sommes en contact continu avec nos exposants qui, naturellement, se posent également des questions sur les possibilités. De manière générale, nous avons l’impression que beaucoup de nos exposants pensent que leur prochaine foire sera la BRAFA 2021 vu que beaucoup de foires actuellement sont ou vont être annulées ou postposées. Il faut savoir que de tels événements représentent des investissements importants tant pour l’organisateur que pour l’exposant ; il est primordial donc d’avoir toutes les certitudes au niveau sanitaire pour sécuriser le marchand, ses équipes et les visiteurs. Cela demande beaucoup de réflexions. 


Nous nous posons des questions quant à notre prochaine édition, prévue du 24 au 31/01/2021. Dans quelles conditions et/ou sous quelles restrictions pourrons-nous l’organiser ? Actuellement, il est impossible de prévoir quelle sera la situation sanitaire au cours de l’hiver prochain…


Proposez-vous des visites virtuelles pour vos expositions ? 

B.B. : Oui et elles ont visibles sur notre site www.brafa.art. Nous avons décidé de mettre en ligne les Brafa Art Talks, les vidéos « coups de cœur » et reportages qui ont été réalisés dans le cadre de précédentes éditions. Notre équipe communication est très active via le site et sur les réseaux sociaux (Facebook, Instagram, etc.) pour rester en communication avec notre public et nos exposants. Nous percevons un bel intérêt pour nos différentes initiatives. Je pense que cette crise nous fait également réfléchir à d’autres façons de travailler et de communiquer. De manière générale, le public découvre également de nouvelles plateformes qu’il utilisera dans le futur, il faut donc s’adapter.



Et demain ? 

B.B. : Avec beaucoup de questions mais avec un état d’esprit positif ! Comme tous les secteurs économiques, les galeries et marchands d’art sont frappés de plein fouet par la crise actuelle, or beaucoup sont des microstructures. Certaines enseignes commencent à rouvrir moyennant une mise en place très stricte pour leurs visiteurs. Pour nous, il sera intéressant d’observer les dispositifs mis en place par les musées par exemple, et de voir comment le public réagira. Cela pourrait nous donner quelques indications sur des procédures à mettre en place, sur la gestion des flux de visiteurs, nous aider à faire un peu de prospective sur l’affluence… Nous pouvons trouver des solutions pour tout cela. Nous allons nous adapter. Notre métier est également créatif. On sent déjà bien actuellement que la distanciation sociale est un facteur essentiel pour une reprise d’une activité économique ou sociale, de quelque nature qu’elle soit. Or, pour une foire d’art, le contact humain et l’échange sont l’essence même de la manifestation ! Nous sommes dès lors actuellement en pleine interrogation et en pleine expectative, nous tentons de réfléchir aux meilleurs aménagements possibles… 

 

Retrouvez également notre podcast avec Harold t'Kint de Roodenbeked, Président de la Brafa, à découvrir  ici

 

 

Galerie Felix Frachon


Avez-vous été touché par la crise du Covid-19 ? 

Felix Frachon : Je pense que tout le secteur culturel a été impacté par la crise du Covid-19 et a fortiori les institutions et galeries ne vivant que de la vente d’œuvres d’artistes. Le 13 mars, comme toutes les entreprises, nous avons été contraints de fermer notre porte au public.  

Néanmoins, la vie de nos galeries ne s’est pas arrêtée pour autant. Bien au contraire, nous avons profité de cette période de « pause » pour développer nos activités sur le monde digital. Nous avons travaillé sur notre stratégie de communication de nos réseaux sociaux et sommes en train de négocier un contrat dans le cadre de la participation à une nouvelle plateforme de vente en ligne.  Nous avons également profité de cette période plus calme pour affiner notre programmation artistique des mois à venir. 

Avec mon équipe, nous avons lancé un nouveau projet que nous avons nommé Les petites éditions. Avec ce nouveau projet éditorial, nous avons comme vocation de valoriser et diffuser le travail des artistes actuels à plus grande échelle. En effet, nous voulons rendre l’art contemporain plus abordable à tout un chacun. Raison pour laquelle Les petites éditions proposent une gamme de prix beaucoup plus accessible d’œuvres d’artistes de grand talent.  

En outre, je suis venu dans mes galeries tous les jours afin de les « rafraîchir » et d’en repenser le design et la décoration. J’ai notamment réaménagé le jardin du 26BY afin de permettre d’y organiser un jardin de sculptures qui sera ouvert dès cet été. Enfin, bien évidemment, j’ai été en contact régulier avec les artistes de la galerie et les collectionneurs. Collectionneurs - anciens ou nouveaux - qui, confinement oblige, ont pu consacrer plus de temps que d’habitude à examiner les œuvres. 



Comment envisagez-vous la sortie de crise dans les prochaines semaines ?

F.F. : Le monde du marché de l’art, y compris celui des galeries, comme la quasi-totalité des secteurs est contraint de s’adapter aux conséquences du Covid-19. La pandémie oblige les galeries à revoir leur modèle.  En effet, les biennales et les foires (événements qui constituaient des éléments majeurs de l’écosystème de l’art), ont toutes été soit reportées à fin 2020 ou courant 2021, ou annulées. 

Actuellement, les contraintes réglementaires interdisent les vernissages. Cependant, dans le strict respect des gestes barrières, les collectionneurs et visiteurs sont revenus dans nos deux galeries dès l’ouverture de l’exposition d’Arnaud Rochard, le 14 mai, 5 Rue Saint Georges et pour voir l’exposition de Shine Shivan, 26 Rue Saint Georges.  

Un nouveau modèle alliant expositions dans les galeries, intensification des ventes en ligne et participation à un nombre de foires plus restreint constitue vraisemblablement le socle sur lequel les galeries vont se développer. Concernant les galeries, le contact direct avec les œuvres, les artistes le cas échéant, la présentation du travail des artistes et de leurs œuvres par les galeristes seront toujours essentiels. Le « tout digital » ne me semble pas de circonstance dans le monde de l’art.  

Mon équipe et moi-même serons particulièrement heureux d’accueillir les membres de la Chambre, leurs familles et amis, afin de leur proposer des visites privées. 



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